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Cafés et restaurants face au Covid-19 : le secteur tire la sonnette d’alarme !

Suite à l’arrêt de l’activité commerciale au Maroc, le secteur des cafés et restaurants souffre à plusieurs niveaux. Inquiets face à un avenir flou et en l’absence d’informations claires sur la durée de la crise, les professionnels craignent les conséquences de la pandémie à court, moyen et long terme. Mohamed Abdelfadel, Coordinateur de la commission mixte des métiers de bouche au Maroc, se confie à CHR Magazine pour évoquer les défis d’un secteur dans un état critique.

Selon M. Abdelfadel, quelques jours avant l’annonce de l’état d’urgence sanitaire au pays, l’Association nationale des cafés et restaurants au Maroc s’est réunie avec plusieurs associations et fédérations, notamment la Fédération Marocaine des Traiteurs (FMT), la Fédération Marocaine de la Franchise, la Fédération Nationale de la Boulangerie et Pâtisserie, ainsi que des associations des cafés et restaurants du Maroc. Le résultat fut la création de la commission des métiers de bouche, dont l’objectif principal est la gestion des problèmes de la filière et de la crise liée au Covid-19.

Des mesures de soutien insuffisantes

Réunion de la commission mixte des métiers de bouche.

Pour le secteur des cafés et restaurants au Maroc, les conséquences de l’arrêt d’activité sont désormais un fait. Or, le plus grand danger réside dans la phase de reprise d’activité, après le confinement. Ainsi, la présente crise a révélé les failles qui minent le secteur. Il s’agit, entre autres, de la gestion des charges de l’ensemble des établissements (loyer, salaires, employés, …). « Certes, l’État a mis en place un ensemble de mesures pour soutenir les personnes en arrêt de travail. Or, ces mesures se confrontent toujours à plusieurs problèmes. D’un côté, un nombre important de salariés, en arrêt de travail, touchaient un salaire beaucoup plus élevé et sont engagés à des responsabilités financières. D’un autre côté, plusieurs salariés n’ont pas été déclarés à la CNSS », évoque M. Abdelfadel. Plus encore, la même source indique qu’aujourd’hui, plusieurs personnes qui ont reçu les indemnités d’arrêt de travail et les allocations familiales, ont vu la somme en question automatiquement prélevée par les banques, pour rembourser leurs crédits déjà en cours. Toujours sur les solutions de soutien, « la CNSS déclare actuellement que les employés d’une entreprise dont la baisse du chiffre d’affaires n’a pas atteint 50%, ne peuvent pas profiter des indemnités de perte d’emploi », enchaine M. Abdelfadel.

Par ailleurs, le Coordinateur met en question un des mécanismes que l’État vient d’appliquer : Damane Oxygène. Là aussi, « le taux de 4% qu’exige cette solution constitue une limite pour les professionnels. Ainsi, notre Association suggère d’y introduire plus de facilités. À titre d’exemple, pour les personnes qui doivent rembourser ce financement avant la fin de l’année en cours, le taux doit être réduit, voire supprimé », propose Mohamed Abdelfadel.

Au sein d’un pays dont l’économie se base principalement sur la consommation, l’Association nationale des cafés et restaurants au Maroc tient à rappeler que la crise sanitaire a bel et bien démontré l’importance de son secteur. Du grand nombre des journaux et magazines lus au sein des cafés, en passant par le secteur des viandes et du poisson, jusqu’à plusieurs autres industries (cafés et autres produits alimentaires), la filière se considère comme une locomotive pour plusieurs autres filières.

Dans le même contexte, le secteur de la pâtisserie-boulangerie souffre actuellement d’une baisse de la demande pour ses produits. En effet, les ménages, au début de la crise, ont choisi de s’approvisionner en farines et autres ingrédients pour fabriquer leur pain à la maison. De plus, les produits de la pâtisserie sont d’habitude consommés lors des fêtes, réceptions et visites – autant d’occasions qui ont disparu. Aujourd’hui, un grand nombre de pâtisseries-boulangeries maintiennent leur activité uniquement pour assurer un approvisionnement continu en pain pour leurs zones. Un travail qui doit être salué !

En abordant les différentes faces de la crise, il est indispensable d’évoquer le côté fiscal. Car même si tous les cafés et restaurants sont fermés, « le compteur fiscal est toujours en marche, via la taxe professionnelle (la patente). Une taxe liée aux murs et machines : les deux sont en arrêt mais sont taxables. Il faut profiter de la crise pour réfléchir et prendre la décision de changer cet acte, en taxant directement l’investissement », s’exprime M. Abdelfadel, en suggérant qu’il est temps, pour l’État, de faire une 2ème lecture de la Loi de Finance 2020, et de commencer une loi cadre des finances. Sans compter que pour plusieurs locaux, en gestion libre, les professionnels les occupant se retrouvent à la rue, ne pouvant réclamer leurs droits auprès des banques ni des autres services.

Vers une reprise progressive

« Une chose est sûre, l’État n’autorisera pas la réouverture des cafés et restaurants d’un seul coup. La reprise de l’activité sera progressive. Plus encore, nous craignons la réapparition d’une 2ème vague au mois de novembre 2020. Si nous sommes optimistes, nous pouvons dire que l’activité reprendra, de façon normale, en été 2021, mais pas avant », estime M. Abdelfadel.

Par ailleurs, le Vice-Président rappelle que le secteur emploie plus d’un million d’employés. Toutefois, la CNSS n’a déclaré que 800.000 arrêts de travail, le reste s’avèrant travailler dans l’informel. Plus encore, à Casablanca par exemple, 50% des magasins n’ont pas une autorisation d’exploitation commerciale – donc pas de déclarations à la CNSS, ni d’impôts. Cette situation amène une réflexion nécessaire : pourquoi ces personnes ne déclarent-elles pas leurs employés ? Comment l’État peut les soutenir – et non pas seulement les punir ? Comment les faire rentrer dans la légalité ?

Tout n’est pas noir cependant. Certaines bonnes actions ont été mises en œuvre, dans le cadre de la gestion de la crise. Ainsi, des propriétaires ont renoncé à leur loyer, ou l’ont réduit de moitié. C’est le cas également de certains centres commerciaux qui ont maintenu seulement les charges de gestions ou communales.

« De notre côté, une plateforme est en cours de réalisation pour recenser les acteurs du domaine qui veulent intégrer la commission des métiers de bouche. Le but est de représenter une vision claire des professionnels. Nous assurerons également un accompagnement continu, surtout dans le cas de problèmes avec la CNSS ou autre problème administratif. Enfin, notre message principal aux professionnels du secteur est de maintenir l’esprit de la solidarité vis-à-vis de leurs employés », conclut Mohamed Abdelfadel.

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